Interview de Sandra TORTORICI, réalisée par Véronique VOISIN pour le Blog de la Médiation Animale.





Peux-tu nous présenter " La Voie de son Chien" et "Le Pôle de la Terre de Basalte" ?



C'est un projet élaboré entre passion et réflexion depuis de nombreuses années. Il est composé de quatre axes d'intervention complémentaires fédérés autour d'une approche singulière, objective et scientifique, qui me semble toucher au plus près la réalité des chiens qui évoluent aujourd'hui en étroite cohabitation avec l'Homme.

Notre premier axe de travail sera dédié à l'introduction et au développement de l'Australian Labradoodle (Pôle national " De la Terre de Basalte ") via un programme d'élevage spécifique qui s'attachera à proposer des conditions de développement précoce optimales à l'attention de nos futurs chiots tout en dessinant une place essentielle à la famille adoptante et à son projet d'accueil.

Dans le même temps, je me rendrai au domicile des particuliers qui rencontreront des difficultés de cohabitation avec leur compagnon (aboiements, dégradations dans l'habitat, conduites agressives, éliminations intempestives…). L'approche singulière vers laquelle je tends me permettra d'appréhender les déterminants de l'environnement qui font " tension " pour l'animal, l'amenant ainsi à produire des comportements qualifiés de " gênants ". Aucune intervention directe " sur " le chien en tentant de le contrôler par le biais de conditionnements divers mais une situation embrassée dans son ensemble et des propositions pour faire évoluer favorablement la situation, réaménager la cohabitation et réorganiser les interactions des membres de la famille avec leur compagnon canin afin que ce dernier trouve à s'apaiser progressivement.

" La Voie de son Chien ", proposera dans un troisième temps des ateliers " information, prévention et formation " à l'attention des structures scolaires, de la petite enfance et des intervenants en Médiation  Associant le Chien (Zoothérapie).

Enfin, à moyen terme et en fonction des rencontres canines que je pourrais faire, j'aimerais revenir à mes premières amours en mettant en place des activités de Médiation Associant le Chien dans les institutions ou directement au domicile des particuliers.





Pendant 6 ans, tu as été éducatrice de chiens d'assistance pour personnes handicapées. Tu as essentiellement travaillé avec certaines races (Golden Retriever, Labrador).Qu'est-ce qui t'a conduit par la suite vers L'Australian Labradoodle ? Pourquoi ce choix ?



Il est vrai qu'en l'espace de six années de pratique en qualité d'éducatrice de chiens d'assistance, j'ai travaillé avec des dizaines de Labradors et de Golden Retrievers. Je dois dire que chaque rencontre a été unique…
Chaque chien avait une singularité propre en fonction de son histoire, de ses conditions de développement précoce, de son patrimoine génétique…et je n'ai jamais rencontré deux chiens totalement identiques malgré le fait qu'ils appartiennent à la même race.

Actuellement, le Labrador et le Golden " occupent " le terrain des Activités Associant le Chien ". Ils bénéficient sans doute de l'avantageuse image que les médias et la culture cynophile véhiculent auprès du grand public. J'ai simplement eu envie d'investiguer un peu plus loin pour ne pas stigmatiser le " chien médiateur ", pour ne pas l'enfermer dans un carcan trop réducteur en l'associant à telle ou telle race alors qu'il s'agit en fait de travailler avec le potentiel individuel de chaque sujet.

J'ai découvert l'Australian Labradoodle en 2002, au détour d'un article dans la presse. Il était qualifié de chien " hypoallergénique " car apparemment il ne perdait pas ses poils. A l'époque, la " race " était encore en cours de développement en Australie et le type morphologique ne semblait pas encore vraiment fixé. L'Australian Labradoodle s'était apparemment fait une place aux Etats-Unis et en Australie dans le domaine des Activités Associant le Chien. On pouvait ainsi le voir évoluer en tant que chien d'assistance ou chien d'éveil outre-Atlantique.

J'ai suivi tout cela de très loin dans un premier temps, j'ai pris quelques contacts, je me suis renseignée. J'étais surtout très curieuse. J'avais envie de faire la connaissance de ces petits chiens qui avaient une physionomie fort sympathique. La race avait été développée en trois tailles (mini, médium, standard) et un riche panel de couleurs avait été conservé au fil des sélections. Impossible cependant de provoquer la moindre rencontre puisqu'il n'y avait à l'époque aucun élevage en France ni même dans les pays voisins.
Dans le même temps, deux axes de réflexion s'étaient imposés  moi :

  • Les qualités potentiellement " hypoallergéniques " du pelage de l'Australian Labradoodle m'apparaissaient comme pouvant être un argument intéressant pour introduire des activités de Médiation avec le Chien dans certaines structures où les contraintes sanitaires sont importantes et notamment dans les hôpitaux.

  • Je voulais absolument voir naître mais surtout faire naître mon prochain  compagnon de route, être présente à chaque étape essentielle de son développement, l'accompagner dès son plus jeune âge dans ses apprentissages.

Les années ont passé, le type morphologique s'est fixé peu à peu. La " race " a été médiatisée (un peu trop peut-être…) et quelques éleveurs britanniques ont importé certains sujets depuis l'Australie. C'est ainsi que j'ai eu la chance d'entrer en contact avec un élevage en Angleterre qui souhaitait introduire l'Australian Labradoodle en Europe et notamment en France. Je me suis proposée pour faire partie de l'aventure car je n'avais toujours pas eu l'occasion depuis le temps que je m'intéressais à son développement de rencontrer ce petit chien qui m'interpellait énormément.

Enjoy, Ever, Armani et Easter,  quatre Australian Labradoodle font désormais partie de notre petite tribu.

C'est encore l'histoire de rencontres dans toute leur singularité. J'apprends beaucoup à leurs côtés…



Tu expliques sur ton site que tu as vécu une période  de remises en question. Pendant cette période, tu as eu besoin de prendre du recul par rapport au terrain, à la pratique. Aujourd'hui, selon toi, quels ont été les apports de cette phase de retrait pour l'élaboration de ton projet. Et en quoi cette période t'a t-elle permis de faire le point sur tes réelles motivations ?



J'ai toujours été passionnée par la relation d'aide, par la Médiation Associant l'Animal, trop peut-être ? Il fut un temps où j'avais l'impression de vivre, de dormir, de manger, de respirer " Activités Associant le Chien ". Jusqu'à l'étouffement…Besoin de comprendre pourquoi je me jetais ainsi tête baissée dans cette pratique, pourquoi la présence de l'animal était tellement importante pour moi, pourquoi je ressentais la différence de l'Autre, de la personne en difficulté comme faisant écho à ma propre histoire.

Ces deux années de remises en question ont été difficiles à vivre. J'ai même failli tout abandonner pour me lancer dans une activité de vente de produits de beauté à domicile, rien à voir…
Mais le processus était enclenché et petit à petit le projet  " La Voie de son Chien " a émergé : construit, structuré, évident…

" L'accouchement " fut long mais avec le recul cela en valait la peine. Cette longue période d'absence m'a permis de prendre de la distance par rapport à ma pratique de terrain mais également par rapport à ce que je croyais connaître de l'animal. J'ai tempéré le côté " émotionnel " de mon dessein pour me concentrer sur des perspectives plus objectives : présentation du projet, prise de contacts, faisabilité… Des démarches essentielles pour pérenniser une activité émergente. Cette pause m'a rendue plus forte, je sais désormais exactement où je veux aller. Je suis toujours pleine de questions mais elles ne sont plus synonymes de doutes, elles me permettent d'avancer pour tenter de comprendre. Elles sont mon moteur…



En lisant tes références, on constate que tu as acquis différentes compétences, autant dans le secteur des publics que celui du chien. Pourtant je crois savoir que tu as longtemps douté quant à ta légitimité à " pratiquer ". Qu'est-ce qui t'a permis de passer ce cap ? Quelles sont les démarches que tu as entreprises ?


Disons qu'à l'époque j'avais le " contenu " mais pas le " contenant " pour légitimer ma pratique. Mes diverses expériences m'apparaissaient comme autant d'éléments d'un puzzle éclaté ; puzzle que je ne parvenais pas à reconstituer par manque de confiance en moi. J'aurais aimé m'abriter derrière un titre, un diplôme pour justifier ma démarche, pour la rendre plus crédible peut-être, vis-à-vis d'un public de professionnels que j'allais être amenée à côtoyer.

J'ai longtemps hésité entre reprendre mes études de psychologie pour les mener à terme ou bien glisser du côté de l'éthologie pour mieux appréhender le chien dans toute sa dimension. J'ai finalement opté pour la seconde voie en suivant une formation (avec l'organisme OPERRHA) vers laquelle je tendais quand même préférentiellement. Je sais aujourd'hui que j'ai fait le bon choix.





Ma passion pour les chiens est née de la rencontre avec ma première chienne, Whiskie. J'étais enfant, cinq ans…l'âge où le désir de se confier est important. Elle m'a accompagné au fil de mon enfance, rassurante, sécurisante…Elle m'a permis de me responsabiliser. C'est donc tout naturellement que j'ai voulu orienter mes études autour du lien qui unit l'Homme à l'Animal. Après deux années d'apprentissage au Lycée Professionnel Agricole de St Gervais d'Auvergne, section BEPA élevage canin, j'ai travaillé sur le terrain dans un élevage d'une cinquantaine de Labradors et de Goldens Retriever.

Depuis douze ans, je suis éducateur de chiens d'assistance pour personnes handicapées. J'ai la chance de constater au quotidien le bénéfice que peut apporter la présence de l'animal au côté de publics en difficulté : de la confiance à la création d'un véritable lien social.
J'ai le privilège également de sélectionner et d'acheter la majorité des futurs chiens d'assistance. Aujourd'hui, je souhaite aller plus loin en m'investissant dans ce nouveau projet où s'entrecroisent l'éveil, la stimulation et le développement précoce du chiot.

                                        Sylvain QUESADA




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Tous droits réservés. Sandra Tortorici & Sylvain Quesada.Mise à jour le 2 avril 2012